dimanche 11 novembre 2007

Une part de tarte.

François Lebas est la première personne à m’avoir touché au Havre, de la main.

En arrivant à la réunion de rentrée 1999, année du début de mon enseignement ici, une chaise se trouvait libre à côté de cet homme. Je n’étais pas assis depuis une minute qu’il posa sa main sur mon avant-bras, et le temps d’une saisie, me teint à peu près ce langage :

“Ne venez pas vous installer au Havre, j’avais un atelier, très grand à Paris, ici on m’avait promis encore mieux, plein de choses, aujourd’hui je ne peux plus repartir, ne venez pas au Havre, vous venez d’où ?

- De Paris…

- Restez-y, ne venez pas vous installer ici”

Je ne mets jamais de point d’exclamation à mes phrases ; j’estime que si elles s’exclament elles n’ont pas besoin d’aide (encore moins d’un code), j’aurais pu faire une exception pour cet avertissement.

Je lui dois également mon plus grand fou-rire de bilan quand analysant le pictogramme d’un élève représentant un logo possible pour un hôtel, il lui demanda, à juste titre, si ce qui figurait sur le corps de la personne allongée sur un lit, à l’endroit habituel du rabat de couverture, était une part de tarte (qu’on imaginait mal digérée)…

Puis un jour, je n’ai pas saisi l’occasion – temps, réserve ou embarras - qu’il m’offrit d’en apprendre davantage sur les morsures de métaux à l’acide alors que je lui demandais quelques conseils pour inscrire une phrase dans une boule de pétanque.
J’ai sans doute manqué là de vraies séances d’apprentissage et de transmission technique dont beaucoup d’élèves me faisaient l’éloge quand ils nous arrivaient de parler de François Lebas, un trop discret puit de science.

Enfin, dans mes cours du soir, le peu de vision de ce que j’ai pu comprendre de son enseignement du dessin me servent souvent à conseiller des élèves. Finalement les écoles d’art se sont libérées du principe d’un enseignement de maître au disciple mais par endroits, et la figure de François s’y trouvait, cette tradition perdure en morceaux et en suspend, de façon dispersée et discontinue.

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