dimanche 11 novembre 2007

Courte Afrique

Tintin en pays chaud, Tonton le malin

Suite à une expérience d’atelier déplacé au Mali, au conservatoire de Bamako en 2005 et 2006, j’aimerais émettre quelques remarques sur ce type de projet qui consiste en un déplacement de personnel enseignant ou culturel des pays froids ou tempérés, occidentaux pour la plupart, vers les pays assez chauds, au niveau de vie assez pauvres, le tout sur le principe de l’échange.

Ayant observé, en dehors de la grande qualité de nos hôtes et de celle du travail possible au Conservatoire, une inégalité fondamentale du fonctionnement du projet en rapport à ses intentions, je propose quelques principes pour tenter de ne plus tant caresser l’équilibre existant dans le sens du poil.
Si nous ne pouvons effectivement pas changer grand-chose à la situation sanitaire, sociale, politique et culturelle d’un pays, parce que ce n’est pas notre travail et heureusement parce que ce n’est pas possible, il s’agit tout de même de ne pas travailler sans vigilance ou en tout cas de chercher à éviter que notre travail repose sur la fragilité de la situation des personnes avec lesquels nous travaillons :

Un premier principe :
Je propose que pour chaque personne qui travaille dans ces contextes d’échange, et en tout cas pour les volontaires de « bois sacré », il ne soit possible de prendre part à un échange que 2 ans de suite. Que la première année, on soit accompagnant et que la seconde on soit accompagné et ainsi de suite afin que chaque personne ne soit qu’un moment, une articulation du projet et jamais qu’il ne puisse se croire garant « à vie » d’un projet qui ne vaudrait que par lui, sa présence et sa vision du travail « sans frontière » de la pédagogie de l’art.
On peut répondre que la personne qui manipule ce terrain depuis 4 ou 5 ans est plus à même d’y mener un projet à bien. Je réponds évidemment que non car sur un tel terrain, il n’y a que la nouveauté des approches qui peut garantir une prudence des propositions et un respect total des différences raffinées auxquelles nous sommes confrontés dans ces cas-là.
En aucun cas arriver les mains dans les poches avec l’assurance de la connaissance et de la maîtrise des possibles sur la terre de l’autre ne peut-être souhaitable et salutaire à la tenue d’un tel projet.

Ensuite le plus délicat, parce qu’il concerne le fonctionnement et les pratiques du Conservatoire, est la difficulté d’avoir à assumer, pour nous, d’être le gardien des clefs du matériel, notamment multimédia. Quand on conseillait aux élèves de garder le contact avec les apprentissages vus pendant l’atelier, en attendant notre retour l’année d’après, ils nous répondaient simplement qu’ils n’avaient pas accès au matériel en dehors de notre présence…
Premièrement cela nous place en position dominante et d’une « dominance » totalement frauduleuse.
Deuxièmement cela peut asseoir la situation des personnes qui au bout de quelques années ont sans doute suffisamment diffusé leur « savoir » et qui ne gardent de souffle enseignant qu’à travers cette position de diffuseur, non plus de notion ou de technique, mais juste d’accès matériel…

Encore plus délicat, l’influence constante de l’imagerie occidentale, surtout concernant les images en mouvement, en gros la culture clip, fait de notre présence là-bas encore une nouvelle difficulté, celle d’être attendu pour l’ouverture à une telle culture, qui n’est la notre que géographiquement et maintient donc une nouvelle confusion à notre présence.
Après « l’Afrique, je connais bien, j’y travaille tous les ans, c’est des frères pour moi (quand j’appelle leurs filles mes princesses, ils me laissent faire…) » et « nous garantissons l’accès au nouvelles technologies (enfin surtout les clefs de la salle ordinateur parce que finalement les nouvelles technologies ils les maîtrisent mieux que moi pour certains) », cette dernière confusion « Ils sont à l’écoute et curieux d’enseignement (mais aussi dans l’objectif de devenir réalisateur à l’occidental) » justifie évidemment la nécessité d’un enseignement préventif sur les intentions des images mais compromet ou au moins questionne fortement le bien-fondé d’une présence culturelle occidentale en Afrique quand elle est déjà si fortement précédée par la grossièreté de la culture occidentale.

Tout ceci pour moi justifie déjà cette durée de deux ans maximum du contrat de l’intervenant pour que le rapport à ces questions soit sans cesse renouvelé et jamais intégré comme une donnée naturelle. Si l’intervenant est « bon », alors le Conservatoire pourra déjà bien en profiter, s’il l’est moins alors le bénéfice du Conservatoire n’en sera pas démesurément atteint.

Enfin j’ai compris à Bamako, dans la blancheur de Bamako, celle déjà présente et celle que j’accompagnais, que l’expatrié n’est pas tant celui qui vit comme il peut dans un autre pays mais sans doute celui qui se sent déjà expatrié dans son propre pays et ainsi fuit ailleurs pour voir si c’est plus supportable.

Sébastien Montéro

1 commentaire:

vivaviva a dit…

Lours des Buttes Chaumont maintenant connecté?