lundi 8 juin 2009

TERMINAL



Problème de temps : concordance sans accord.

Ce qui me porte à aller voir T4 est un goût pour une transposition en énergie visuelle de l’énergie dynamique que (me) réclameraient des circonstances présentes. Aller au spectacle des formes comme une option manquante au réel mais au goût connu : celui d’une confrontation.
Le cinéma - celui qui propose des conflits - permet de fixer mon histoire avec ça, d’étendre un geste qui peine à trouver une force. Même si la force visuelle, la simulation de ce geste, est donnée peut-être par une entité qui pourrait très bien appartenir au camp des machines, j’y vais dans mon costume de résistant. C’est comme ça que je rentre dans la salle de T4.
En principe le conflit - insoluble et peu jouable - qui me porte donc là se déporte dans le film vers une proposition esthétique : le déplacement d’un combat politique en tour de force visuel. L’impact des mouvements me suggère la dureté de la lutte.

Aussi je viens voir comment mon combat sans ennemi tangible (combat à la fois perdu et sans danger) rencontre celui du temps avec lequel les personnages et surtout le réalisateur doivent traiter pour porter mes illusions. Que l’ennemi arrive d’ailleurs c’est toujours très pratique pour en finir avec les tracas et commencer à sauver sa peau. Les faux problèmes dominants cristallisés en vraie vie exceptionnelle. Que la douleur débarque du futur et voilà qu’explose la gueule du présent et projette la lutte dans un espace propre.
Maintenant qu’on nous transporte dans le futur à la rencontre de la douleur totale mécanisée, la douleur comme espace commun dominant, ne laisse pas trop de place à cette peau là.

D’avoir souhaité donner la totalité de l’espace du danger au même temps, de l’avoir rendu à sa source future d’origine, est un projet considérable. Il fallait bien réunir tous ces temps qui au fil des épisodes nous tentaient, des premiers lasers kitshs bandana dans les cheveux de kyle et sa jeune amie metissée tombée au combat, aux machines de plus en plus élaborées, des flashs réguliers de futur nous provoquaient suffisamment pour souhaiter en savoir plus. Comment accorder les fantasmes futuristes des années 80, 90 et 2000, tous les dix ans ne pas trahir l’ancienneté des visions d’antan, rester respectueux des naïvetés esthétiques précédentes et les lier à la technologie du présent : c’était un beau combat avec le futur. L’intermittence de ce combat, et son déroulement majoritairement hors champ (hors-temps) en assuraient le triomphe : se battre contre des zones d’ombre quoi de plus engageant ?

Tenter de monter ces zones, les éclairer comme le fond du jardin et voilà la grille qui s’effondre sous le poids des cases, enfin la poussière s’infiltre dans le souffle du récit et les crânes broyés l’emportent sur la vitesse du songe. La tension d’une action qui s’écrit dans le futur pour se jouer dans le présent s’empâte dans la concordance des temps. C’est la virtualité de l’ennemi qui garantit l’accord parfait des forces.

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