
Il me faut revoir une position, je perçois un changement. Revoir pour voir autre chose, changer de vision plutôt que de revoir la même : clarifier. J’ai essayé - j’ai même peut-être réussi - de prendre l’art pour sa capacité à revoir l’existant. Position assez confortable car invérifiable. L’art avait comme un couteau ou selon le célèbre refrain NTM/RAGGASONIC...
Aiguisé comme une lame
pointu comme un couteau
chauffé comme une flamme
et puissant comme un fusil d’assaut
http://www.youtube.com/watch?v=vc1BnQgUWTQ
... un impact possible dans la découpe et l’agencement du monde, la preuve, trois ans après la journée du scotchage SANTÉ PUBLIQUE MERCI de Paris, ses voies et ses véhicules, ils nous sortent les voitures à air… l’art a évidemment un effet vu qu’il est un effet parmi d’autres et que toute intention connaît un jour son heure.
J’attendais la montagne à Paris, il se peut bien que le réchauffement m’offre bientôt la mer : la neige fond, j’en ferai mon affaire…
Il y a effectivement un apprivoisement possible du réel dont l’art peut-être l’outil ponctuel et pensé mais n’est-ce pas une querelle de luxe ? Ce qui se passe c’est un contact, puis entre le support et l’action une confusion se produit : on y retrouve plus sa mise, mais c’est d’un gros lot dont on hérite, un gros lot commun…
L’artiste recycleur, celui qui prend là, où ça regorge, et expose ici, où cela manquerait, et s’en tire avec les honneurs n’avait pas ma faveur, et il reste l’obstacle, à la simplification qui me conduit à revoir. Un phénomène similaire a lieu, depuis toujours sans doute mais plus sensible aujourd’hui, qui en est la version modeste : on peut en effet aller chercher dans le monde, se servir, relever des moments et des éléments, sans se prendre pour une exception, mais juste en déclarant son butin, un peu comme à l’aéroport ou à l’époque des douanes.
Quel serait l’intérêt de ce déplacement d’objet épars ?
Le regroupement. Ensemble l’action d’objet et de comportement est plus lisible, plus sensuel, on en perçoit mieux le travail, c’est un peu ce que fait un parti politique, il regroupe des sensibilités pour mieux se faire entendre.
Tracer une ligne. Le regroupement permet aussi d’écrire une histoire, d’en connaître le trajet, les naissances. D’en mesurer la dimension, déclarer l’ampleur.
Il doit bien y avoir encore des intérêts, par exemple, d’imposer une culture toujours déjà là à celle toujours déjà cultivée, mais bon, je me demande encore si cette action, même en tant que culture, dans sa dispersion et sa discontinuité (toujours les vieux adages) n’est pas plus efficace, à l’air libre et si la démonstration, la preuve n’est pas la promesse d’une extinction.
C’est un peu académique comme vision, toujours un peu coincée entre Foucault et Debord, d’accord…
On peut dire que si en toute inappropriation, une collection d’effets glanés au monde et à sa culture immédiate, investit un lieu d’art, alors il se peut que ce ne soit pas tant l’art qui change (parce que les artistes promeneurs-voyageurs-aventuriers sont les envahisseurs habituels d’une colonie esthétique contemporaine) que le centre d’art.
Que le lieu de l’art puisse devenir, le lieu où l’on vient se voir soi ou voir les autres, voir une culture environnante et plurielle, culture du nombre, plutôt que culture de quelques exceptions (ou encore culture commune mais sélectionnée par quelques exceptions), ça a l’air plutôt un projet qui précipite la vision actuelle.
Le nombre des éléments étant prêts à faire partie de la troupe des exceptions étant toujours celui d’une forme de démocratie, tout le monde pouvant y arriver, mais l’envie, la joie de servir ses ambitions dans la joie de servir tout court pouvait, elle, effectivement produire une sélection naturelle dans le demos…
Là ce n’est plus chacun qui toucherait la médaille, chacun son tour, pour ses jolies trouvailles, mais un représentant qui viendrait afficher les perles des autres, tellement d’autres et tellement de choses pas à lui, que les récompenses n’auraient plus d’objets. Enfin tuant le commissaire c’est le VRP qui verrait son statut réhabilité…
Tout ce que je voulais dire, comme une bonne nouvelle, c’est que la lassitude d’un art en centre, comme centre de loisirs ou maison de retraite de corps d’exceptions, n’ayant qu’un amont de réel mais si peu d’aval, n’aurait pas comme contestation possible qu’une confrontation avec une périphérie, un réel sans distinction : il se peut que le centre lui-même soit le lieu d’un tout, perméable…
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